Auteur/autrice : m.bourdon

  • Le retour de l’esprit des pionniers en construction

    Le retour de l’esprit des pionniers en construction

    Mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année… avec un retour de l’esprit des pionniers en ingénierie de la construction !

    Voilà 1 an (déjà !) que mon activité de consultant en auscultation a démarré, et je souhaite d’abord remercier celles et ceux qui m’ont fait confiance cette année.

    Nous savons que nous devons continuer à nous retrousser les manches pour relever des défis incroyables :
    👉 Limiter rapidement le dérèglement climatique en réduisant nos émissions Carbone pour préserver le vivant et l’humanité. Le domaine de la construction représente 7% de notre impact national (hors usage), essentiellement lié à l’utilisation du béton,
    👉 Faire face au coût et la raréfaction des matériaux. Hausse de 9% en 2022 dans le Génie Civil. Envisager le recours à des matériaux locaux et recyclés,
    👉 Préserver le patrimoine déjà construit, en évitant davantage
    d’artificialisation des sols pour préserver notamment le cycle de l’eau et la biodiversité,
    👉 Transformer plutôt que démolir, concevoir dès le départ les projets de façon à permettre leur maintenance et leurs adaptations dans le temps,
    👉Inclure les personnes en précarité, améliorer la sécurité sur chantier, respecter l’égalité des chances, faire évoluer les métiers par la formation.

    Depuis plusieurs décennies nous avons pu exercer les métiers de la construction sous le règne de l’abondance en énergie et matériaux… il s’agit trop souvent d’aller vite et de répéter les « méthodes qui marchent » en couvrant les risques par un excès de béton ou d’acier.
    La sobriété nous amène à penser sur le long terme et nous amène à reconsidérer constamment nos pratiques, peut-être en acceptant aussi à nouveau de reconsidérer la part de risque acceptable.

    Ceci est une bonne nouvelle dans le domaine de l’ingénierie et marque le retour d’un esprit pionnier qui consiste à nous réinventer en permanence.

    Dans le domaine de l’auscultation cela fait sens directement en optimisant :
    👉 la surveillance long terme des ouvrages,
    👉 l’innovation dans les méthodes constructives ou l’emploi de matériaux,
    👉la gestion des risques et opportunités par le biais de la méthode observationnelle,
    👉la création de nouveaux métiers passionnants

    Je vous souhaite cette année de trouver l’énergie et la liberté de trouver votre propre voie du changement… et d’y trouver du sens, et même de la passion !

    Pour illustrer ces vœux j’ai choisi une citation de Ralph Peck :

    À la fin des années 1930 et au début des années 1940, Ralph B. Peck a travaillé avec Karl Terzaghi sur le projet de métro de Chicago. Cette relation a permis de faire de grands progrès dans l’observation du comportement de la terre et de la roche pendant la construction et sous contrainte. Ce fut l’une des premières applications en ingénierie géotechnique de ce que l’on appelle aujourd’hui la méthode observationnelle.

    Source : https://peck.geoengineer.org/

  • Sauvegarde du patrimoine : Sobriété… Inventivité !

    La sauvegarde du patrimoine passe souvent par la mise en pratique d’une gestion des risques, traitée en détail dans de nombreux guides et réglementations à juste raison. Cette approche demeure à ce jour la première justification de la mise en oeuvre de l’auscultation.

    Cependant cette forme de gestion ne permet pas de considérer la crise environnementale dans sa globalité, si ce n’est par le biais d’une conformité vis à vis des contraintes réglementaires.

    L’auscultation propose, par le biais de l’observation et l’appui de personnes qualifiées, de nombreuses opportunités d’optimisations structurelles et de réparations, en autorisant par exemple :

    • la mise en oeuvre de matériaux innovants (matériaux recyclés par exemple),
    • de techniques de confortement, de réparation, voire de transformation, permettant de conserver une partie ou la totalité de l’ouvrage dégradé.

    Plus spécifiquement, la méthode observationnelle, également nommée « dimensionnement interactif », est déjà largement éprouvée et présentée dans l’Eurocode 7. Elle s’appuie sur l’auscultation pour adapter la phase de construction aux observations, selon des scenarii prédéfinis en phase d’étude.

    Encore assez peu employée son utilisation trouverait pourtant toute sa justification dans les opérations de réparation et de maintenance de l’ouvrage, afin d’encourager et permettre les choix constructifs « alternatifs », mêlant innovation et sobriété.

    La crise environnementale que nous vivons contribuera au moins, si pour le moins nous nous engageons à l’amoindrir, à nous appuyer d’avantage sur la formation des ingénieur·e·s (futurs et actuels) et la recherche de sobriété systématique.

  • Le phénomène de Retrait et Gonflement des Argiles (RGA) au coeur des préoccupations

    La fréquence et l’intensité des périodes de sécheresse sont en forte augmentation du fait du réchauffement climatique, et comme beaucoup de secteurs d’activités, le monde de la construction s’en trouve fortement impacté.

    De plus en plus d’habitations sont touchées par les phénomènes de RGA

    La Cour des Comptes a déjà pu prôner en février 2022 davantage de prévention et de contrôles du Retrait et Gonflement des Argiles (RGA). Elle a soulevé notamment la question de la soutenabilité de leur prise en compte par le régime Catastrophes Naturelles, dit « Cat-Nat », en indiquant une occurence des sinistres déclarés en forte progression et un régime de prévention et d’indemnisation à présent inadapté. Ainsi le coût cumulé du risque sécheresse pour les assurances devrait passer de 13,8 Md€ cumulés sur la période 1999-2019 à 43 Md€ pour les 30 prochaines années.

    Le cadre juridique est en train d’évoluer avec la publication au JO de l’ordonnance n° 2022-1076 du 29 juillet 2022, et l’exigence à l’achèvement des travaux d’une nouvelle attestation relative aux risques liés aux terrains argileux à transmettre à l’autorité qui a octroyé le permis. Cette évolution réglementaire fait suite à la loi du 22 Aout 2021 portant sur la « lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets ».

    Afin de se pencher également sur les besoins de réparations en cours dans ce domaine, souhaitons que les pratiques évoluent rapidement dans le sens d’une autre recommandation de la Cour des Comptes :

    Considérer l’expérimentation de mesures de prévention pour les maisons actuellement exposées au risque, qui sont soit déjà̀ fragilisées et dont les communes n’ont pas été reconnues Cat Nat, ou soit potentiellement exposées. La Cour partage à cet égard la recommandation du rapport CGEDD-IGA-IGF de mars 2021 qui propose pour « financer des travaux préventifs simples ou de confortement dans le cas de biens déjà fragilisés, de mettre en place un dispositif expérimental sur un nombre limité de communes ».

    Cour des Comptes, février 2022

    La méthode observationnelle, basée sur la surveillance des fissures et des tassements différentiels apparents, apporte un outil efficace pour répondre efficacement à ses nouveaux enjeux. Cette méthode a pu aujourd’hui être validée sur de nombreuses applications et il nous semble primordial qu’elle soit préconisée de manière plus large par le biais notamment des bureaux d’étude et bureaux de contrôles.

    En accompagnant la conception et le pilotage des travaux de confortement, l’auscultation permet de préserver notre patrimoine à moindre impact.

    Elle répond ainsi au double enjeu de l’adaptation et de la réduction des effets liées au dérèglement climatique.